Traduction par une machine, avec des éléments mis en avant par moi même:
Si vous en êtes encore à penser que « l’IA ne peut pas vraiment réfléchir, ce n’est qu’un perroquet stochastique », il est temps de vous réveiller et de prendre la mesure de la situation ; sinon, vous continuerez à répéter ce mantra jusqu’au jour où vous vous retrouverez assis sur une chaise dans un coin, à regarder ChatGPT™ baiser votre femme.
Si vous avez suivi le scandale du piratage de HuggingFace et les évolutions dans le domaine des mathématiques, vous savez que nous avons largement dépassé le stade du « perroquet stochastique ». Nous sommes entrés dans un monde où une quantité suffisante de capital brut et de contraintes vérifiables permet de résoudre des problèmes complexes.
Le risque n’est pas que la bulle de l’IA fasse s’effondrer les marchés, mais que nous basculions dans un monde où la valeur du travail intellectuel humain chutera rapidement au niveau du salaire minimum (voire en dessous).
Vous pensez peut-être être meilleur que Claude en développement web, mais cela n’empêchera pas les grands capitaux de supprimer la moitié des emplois de votre entreprise au profit d’une main-d’œuvre humaine bon marché assistée par l’IA — une sorte de « substitut de chair » bon marché.
Au-delà des risques existentiels ou de l’avènement d’une IA dominante unique (le scénario du « singleton »), ce qui devrait vous horrifier au minimum, c’est la marchandisation de l’intelligence et ses conséquences dans un monde marqué par une répartition inégale du pouvoir et des ressources.
La Marchandisation de l’Intelligence.
C’est l’expression que je cherchais à formuler depuis un certain temps.
Ce qui rend les emplois sans perspective, dits « non qualifiés », si pénibles, c’est que vous y êtes fondamentalement remplaçable. Le marché impose un équilibre assez brutal. Les emplois de cols blancs sont moins pénibles parce que vous êtes moins remplaçable, et que vous pouvez même finir par vous convaincre que votre travail a de l’importance, pour vous-même ou pour la société. Il s’y rattache une dimension narrative qui fait totalement défaut lorsque l’on est parfaitement remplaçable.
Pour citer le meilleur message de tous les temps :
Les emplois au salaire minimum sont pires en raison de leur vacuité plutôt que de l’humiliation qu’ils impliquent : vous avez beau travailler plus dur, mieux, plus vite ou avec plus de vigueur, tout le monde s’en fiche ; si vous commettez une erreur, vous êtes remplacé au pied levé. Aucune perspective, aucune histoire ; les jours se confondent jusqu’à ce que l’arthrite vous laisse impotent.
Que vous occupiez un poste de cadre ou non, la marchandisation de l’intelligence rend fondamentalement les travailleurs plus facilement remplaçables, ce qui joue en leur défaveur.
Peu importe que nous soyons tous exposés à d’horribles affiches de nourriture générées par IA, tant que les marges restent positives. Peu importe qu’il manque une certaine dimension qualitative ou la « touche humaine ». Tant que les marges sont positives, cela n’a pas d’importance.
Le même raisonnement s’applique au « vibecoding ». S’en passer est peut-être préférable pour votre cerveau ; et si des projets comme Zig peuvent exceller sans recourir à l’IA grâce à une vision forte, à une volonté de travailler dur et au soutien de la communauté, le développeur moyen subira tout de même les conséquences de cette marchandisation de l’intelligence. Après tout, le développeur moyen ne travaille pas sur des projets nécessitant une telle vision.
Pourquoi coder soi-même ? Soit parce que l’acte de coder vous tient à cœur et que vous voulez éviter de perdre vos compétences, soit parce que votre vision est si forte que déléguer le contrôle à la machine d’intelligence marchandisée compromettrait intrinsèquement ce que vous cherchez à accomplir.
Ces deux arguments sont valables, mais il faut comprendre qu’ils diffèrent : l’un concerne votre intérêt personnel, tandis que l’autre porte sur la qualité — un argument qui pourrait devenir plus difficile à justifier à mesure que les capacités de l’IA progressent.
Dans tous les cas, le marché ne se souciera ni de vous, ni des outils que vous avez utilisés pour parvenir à vos fins. C’est ça, le capitalisme. La « réalité économique » s’ajustera autour de vous, que cela vous plaise ou non.
Edit: coups, répondu au mauvais commentaire
pas de soucis haha
L’automatisation s’est produite à maintes reprises au cours de l’histoire.
« Le niveau d’emploi des jeunes travailleurs (âgés de 22 à 25 ans) occupant des postes exposés à l’IA est aujourd’hui inférieur de 19 % à ce qu’il serait s’il avait suivi la même évolution que celui de leurs pairs moins exposés ; les travailleurs expérimentés, eux, ne présentent pas d’écart comparable. »
(Inutile de me faire remarquer que le texte précise que « les travailleurs expérimentés ne présentent pas d’écart comparable ». Ce n’est pas pour rien que l’étude s’intitule « Canaries in the Coal Mine » [Les canaris dans la mine de charbon] : ce sont les travailleurs débutants qui sont touchés en premier.)
L’automatisation de la reconnaissance de formes et de la résolution de problèmes à usage général est effrayante, car elle marque un véritable changement de paradigme : elle automatise « tout », ce qui, dans le pire des cas, nous laisse dans un monde où seul l’accès brut au capital ou à la puissance de calcul détermine votre capacité d’action.
Ce qui me met particulièrement mal à l’aise à ce sujet, c’est qu’il est tout à fait plausible d’affirmer que l’épanouissement humain au sein des sociétés démocratiques repose sur un pilier stabilisateur fondamental : « la valeur matérielle du travail humain spécialisé ». (La vidéo Rules for Rulers de CGP Grey reste d’actualité.)
C’est une perspective sombre, grotesque, presque « landienne » : si l’intelligence et la capacité brute à résoudre des problèmes sont devenues des marchandises, on ne dépend plus vraiment du travail humain. Il suffit alors de disposer de capital brut et d’une certaine vision de ce que l’on souhaite accomplir.
Certes, la robotique n’en est pas encore tout à fait là, mais des laboratoires et des startups du monde entier font la course pour y parvenir ; en attendant, nous disposons de « centaures inversés » pour accomplir la tâche. La construction des usines prendra peut-être du temps, mais elle est essentiellement inévitable une fois que l’intelligence est devenue une marchandise. Si vous n’êtes pas en mesure de contribuer par un travail productif, le capital ne vous doit rien, et vous avez perdu le levier le plus important dont vous disposiez.
Certes, vous êtes libre de désigner la concentration du capital comme étant le problème ; mais, pour l’amour du ciel, comprenez que les problèmes relevant d’une dynamique de course aux armements sont de nature structurelle et que le train est lancé à toute allure : des nuées d’agents d’IA pirateront des systèmes, piloteront des robots et mèneront des recherches dans des laboratoires de biologie automatisés bien avant que vous n’ayez la moindre chance de renverser la société pour instaurer une utopie socialiste.
Je le sais bien : agir de l’intérieur du système a peut-être encore moins de chances de réussir, ce qui ne vous laisse, en fin de compte, pratiquement aucune option.
Si ces scénarios se concrétisent et que nous parvenons à traverser cette période charnière, le mieux que vous puissiez espérer est un revenu universel de base indexé sur une part significative de la puissance de calcul existante (afin d’éviter tout risque d’inflation liée à cette puissance de calcul).
Si nous (l’humanité) parvenons à traverser le chaos imminent et à survivre aux premiers incidents provoqués par des laboratoires de biologie pilotés par l’IA, nous vivrons dans un monde où l’IA accomplira notre travail mieux que nous. Le goût et la vision resteront peut-être importants, mais les compétences devront être cultivées pour elles-mêmes, ou pour le simple plaisir local.
Prenons un exemple : nous vivons dans un monde où les échecs sont totalement dominés par la Machine, et pourtant, l’humanité continue d’y jouer. Que le niveau soit bon ou mauvais, l’acte en lui-même reste plaisant.
Pourquoi est-ce plaisant ?
Parce que c’est difficile. C’est une montagne à gravir. Il existe des montagnes partout pour qui sait voir ; rien ne vous oblige à gravir celle-ci en particulier, mais chacun sait que la difficulté et l’incertitude constituent, au moins en partie, ce qui rend les échecs agréables.
Nous verrons plus tard si l’effort pour l’effort suffit, ou si le nihilisme avait vu juste. Pour l’instant, nous pouvons convenir qu’il n’y a aucun intérêt à laisser Stockfish jouer aux échecs à votre place.
Si ChatGPT™ faisait l’amour mieux que vous, devrait-il le faire avec votre femme à votre place ?
Non ! Le but du sexe n’est pas de bien le pratiquer. Vous devez le faire pour vous-même, et parce que vous tenez à le faire vous-même ! Ou parce que vous tenez à le faire avec d’autres personnes — sans oublier la dimension sociale du sexe (ou des échecs, selon le cas).
Dans un monde hypothétique situé au-delà de cette période de turbulences à venir, la production de masse médiocre — cette « bouillie » [slop] numérique — existera certainement encore.
Si nous avons de la chance et que l’avenir entrevoit une forme d’ère d’abondance, alors la majeure partie de ce « contenu » généré par IA sans grand effort ne sera, au pire, que le fruit d’un mauvais goût (plutôt qu’une tentative d’escroquerie).
Vous pouvez qualifier cela de « bouillie » et mépriser ces dilettantes sans talent et au goût douteux qui inondent Internet de contenus médiocres ; reste que nous vivons déjà dans ce monde : la plupart des choses sont médiocres. C’est d’ailleurs pour cela que les grandes plateformes misent tout sur les algorithmes de personnalisation et que les recommandations de vos amis sont si précieuses.
Je prédis que nous basculerons davantage encore vers une économie à deux vitesses, comme c’est déjà le cas pour la musique : d’un côté, une musique conçue en comité dans le seul but de générer des profits ; de l’autre, une musique créée par des artistes indépendants qui savent qu’ils ne pourront jamais en faire leur source principale de revenus. (Il suffit de regarder le secteur des jeux vidéo indépendants !)
Nous pourrions bien voir émerger une véritable « économie de l’ombre » : des gens travaillant sur des projets qui leur tiennent à cœur, créant pour le plaisir de créer et pour obtenir la reconnaissance de leurs pairs. Un travail accompli sans rémunération réelle, pour exprimer des idées, des humeurs et des visions personnelles, chacun fixant ses propres limites quant à l’usage acceptable — ou non — de l’IA.
Cette scission concernera tout le monde. Pour chaque activité de loisir, vous devrez faire un choix : le « résultat » final vous importe-t-il le plus, ou préférez-vous accomplir la tâche vous-même, en suivant toutes les étapes, en apprenant, quitte à mal faire les choses ?
Voulez-vous simplement manger quelque chose, ou voulez-vous savoir cuisiner ?
Voulez-vous juste obtenir un dessin, ou souhaitez-vous apprendre à vous exprimer artistiquement d’une manière impossible à formuler ou à expliquer via une interface de conversation ?
Chacun devra décider ce qu’il souhaite accomplir par lui-même et dans quels cas il accepte de déléguer le contrôle à des assistants dotés d’IA. Exiger des gens qu’ils n’utilisent aucune IA sera irréaliste (et impossible, dans la mesure où le reste de l’économie en sera imprégné).
Pourtant, dans un monde où la technologie a évolué pour exploiter notre attention et nos addictions, il est plus crucial que jamais de savoir tracer une limite, de prendre le temps d’une concentration profonde et d’agir pour le simple plaisir de le faire. Encore une fois : c’est déjà le cas. Lorsque vous jouez à un jeu vidéo (prenons Elden Ring, par exemple) et que vous décidez d’y jouer « à l’aveugle », sans rien savoir à l’avance et sans faire de recherches, vous reconnaissez que choisir la « voie difficile » ou vivre une « expérience authentique » compte davantage pour vous que la simple réussite.
Ne soyez pas un simple exécutant de chair et d’os, ne restez pas prisonnier des applications à défilement infini et ne trichez pas (que ce soit aux échecs, dans l’écriture ou ailleurs).
Trop bizarre le passage sur le rapport de force et le fait d’être remplaçable : à quel moment ça s’applique dans la réalité ?
Plus ton travail est facile à substituer par quelqu’un d’autre (ou par une IA), moins tu as de pouvoir de négociation.
La “marchandisation de l’intelligence” (personnellement je préfèrerais appeler ça commodification de l’intelligence), c’est la nouvelle ère dans laquelle même le travail qualifié dit “intellectuel” est sur la voie de devenir remplaçable, ce qui va changer les rapports de force entre employés et employeurs dans des milieux où les employés se sentaient jusque-là en relative sécurité professionnelle.
Ce n’est pas un mécanisme nouveau, c’est ce que Marx observait déjà dans Travail salarié et capital en 1847 : lorsque des travailleurs qualifiés sont remplacés par des travailleurs moins qualifiés ou des machines, s’ensuit alors une subordination plus forte des travailleurs à leurs employeurs, ce qui va précariser leur domaine d’activité entier sur le temps long. Le capital en profite pour constituer son “armée industrielle de réserve”, une population volontairement mise au chômage long pour la rendre désespérée, afin que ses membres puissent être mis en concurrence les uns contre les autres et finissent par accepter des salaires plus bas et des conditions plus mauvaises.
Certains métiers qualifiés et intellectuels sont sur le point de découvrir ce que ça fait d’avoir du chômage long et d’être sous pression financière, ils vont devenir une “armée intellectuelle de réserve”. Des personnes qui se pensaient membres des classes supérieures découvriront que la classe moyenne n’a jamais existé, et que les seuls privilégiés sont ceux qui possèdent les moyens de production.
Étrange de citer Marx pour ensuite utiliser une définition de classe moyenne qui n’est pas la sienne ;) autrement, entièrement d’accord avec toi




